La réforme de l’Europe ne pourra se faire sans compromis

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Janis A. Emmanouilidis, Le Monde, 03.05.2018

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A condition de traiter simultanément les défis actuels, note le politiste Janis Emmanouilidis, lerapport«Redynamiserleprojeteuropéen», issu de cinq ans de débats, montre qu’une entente à vingt-sept est possible

Tout maître des horloges qu’il se veut, le président Macron peine à imposer son rythme pour la relance du projet européen. La fenêtre d’op- portunité pour réformer l’Europe a tardé à s’ouvrir et pourrait bien se refermer rapidement. Pour- tant, des solutions concrètes sur la manière de poursuivre le déve- loppement de la zone euro, de gé- rer les crises migratoires ou de dé- fendre nos pays et leurs citoyens sont toujours en attente.

Une échéance importante s’annonce en juin avec un Conseil européen où les grands défis européens actuels (migration, euro, défense) seront à l’agenda. Angela Merkel et Emmanuel Macron ont promis de formuler d’ici là des propositions commu- nes. Leur compromis doit ouvrir la voie à des réformes à même de satisfaire les exigences des 27 pays de l’Union et les attentes des citoyens européens.

Une forte impulsion du prési- dent français et de la chancelière allemande est une condition sine qua non pour sortir de l’impasse. Mais si un accord entre Paris et Berlin est une condition indis- pensable, elle n’est plus suffi- sante. Toute initiative franco-alle- mande devra tenir compte des in- térêts et avis des autres Etats membres. A cet égard, le pacte proposé dans le rapport «Redy- namiser le projet européen », de l’initiative New Pact for Europe (Newpactforeurope.eu), lancée par un consortium de fondations européennes (Bertelsmann, Ca- louste Gulbenkian, Open Society, Roi Baudoin, etc.), pourrait guider les discussions entre Berlin et Pa- ris car il a été rédigé en tenant compte des inquiétudes, frustra- tions et divisions qui animent les citoyens de l’Union européenne.

Les mesures prônées dans ce document résultent de centaines d’heures de débats nationaux et transnationaux qui, pendant cinq ans, ont impliqué des ex- perts, des citoyens et des repré- sentants de la société civile de toute l’Europe. L’objectif était de rétablir la confiance entre Euro- péens par le biais du dialogue et d’identifier les réformes majeu- res qui permettraient de relancer le projet européen.

Les mesures proposées forment un paquet ambitieux à même de répondre aux problèmes les plus pressants des citoyens euro- péens. Il s’agit aussi d’un compro- mis équilibré qui respecte la diversité des préoccupations dans l’Union.

Car aucun accord ne verra le jour entre le Nord et le Sud sur les réformes de la zone euro, ou entre l’Ouest et l’Est sur la question de la migration, si les Etats membres ne savent pas trouver un équili- bre entre solidarité, responsabi- lité et sécurité qui transcende les clivages.

Un compromis est possible à deux conditions. Premièrement, tout en évitant l’écueil d’un « noyau dur » européen, il faudra accepter une intégration euro- péenne plus différenciée encore. Cette dernière a d’ailleurs toujours été une caractéristique majeure de la construction européenne. Varsovie et Buda- pest devront se rendre à l’évidence, une Europe à plusieurs vitesses devra demeurer l’excep- tion, et l’unité, la règle.

Deuxièmement, il faudra faire preuve de courage politique pour s’affranchir du conservatisme des uns et du sens du compromis pour modérer l’idéalisme des autres. Il faudra se soustraire à certains des impératifs catégori- ques des immobilistes de La Haye, Vienne ou Berlin, tout en sachant différer certaines promesses du discours de la Sorbonne d’Emmanuel Macron.

Les réformes avanceront si elles satisfont autant les disciples d’une responsabilité accrue que les partisans de davantage de solidarité. Quant à la réponse au défi migratoire, elle ne sera possi- ble que si des mesures pour contrer l’insécurité, tant à l’inté- rieur qu’à l’extérieur, sont adop- tées en même temps que des mesures accroissant la solidarité entre les Etats membres et avec les Etats tiers.

VITESSE SUPÉRIEURE

Le temps presse. Le moteur fran- co-allemand doit passer à la vitesse supérieure car la menace d’une Europe plus régressive, fer- mée et nationaliste est de plus en plus pesante, comme en témoi- gnent les résultats électoraux en Allemagne, en Autriche, en Italie et en Hongrie.

Dans son discours au Parlement européen, le président Macron a souligné à juste titre le danger grandissant d’une Europe « illibé- rale ». Si l’Europe ne parvient pas à montrer de résultats tangibles au niveau de l’emploi, des migra- tions, du dumping social, du changement climatique, du terro- risme et de la corruption, les populistes continueront de pros- pérer. Pour être prêts avant les prochaines élections européen- nes, il faut trouver un accord poli- tique dans les prochains mois.

Le rapport du New Pact for Eu- rope démontre qu’un compromis ambitieux mais réaliste à 27 est possible. Il convient pour cela de traiter simultanément les grands défis européens actuels. Echouer à réformer l’Europe en 2018 pour- rait conduire à de funestes re- grets. Se satisfaire de l’éclaircie économique actuelle est un ris- que bien grand pour l’Union. C’est aussi un oubli bien rapide des dif- ficultés qu’elle a rencontrées lors de la dernière décennie.

Il n’est pas certain que l’avenir nous réserve des conditions plus favorables qu’aujourd’hui. Inva- riablement, de nouvelles crises verront le jour. Nous ne savons juste ni quand ni de quelle ma- nière elles nous frapperont. Il faut donc se mobiliser rapidement avant l’arrivée des prochaines tempêtes.

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