UE : après les Tchèques, la surenchère slovaque

Claire Gallen, Le Figaro, 19.10.2009

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UE : après les Tchèques, la surenchère slovaque

Le premier ministre slovaque, Robert Fico, menace de demander une dérogation au traité de Lisbonne.

Vaclav Klaus a-t-il ouvert la boîte de Pandore ? Alors même que l'horizon semblait se dégager du côté tchèque, une nouvelle menace pourrait se profiler sur la ratification du traité de Lisbonne. Le premier ministre slovaque, Robert Fico, a laissé entendre dimanche que son pays envisageait d'emboîter le pas à son voisin tchèque pour demander lui aussi une dérogation au traité. Et tant pis si Bratislava a déjà ratifié le traité de Lisbonne, en avril 2008. «Nous ne laisserons pas la Slovaquie dans l'incertitude, si nous avons le sentiment que l'un des pays issus de l'ex-Tchécoslovaquie a négocié une exception», a-t-il affirmé.

En clair, la Slovaquie pourrait exiger un additif au traité, qui la protège de toute demande de réparation de la part des Allemands expulsés après-guerre de la région des Sudètes, au nord de ce qui était alors la Tchécoslovaquie.

Cette demande a passablement agacé à Bruxelles. «Il me semblait que la Slovaquie en avait terminé avec son processus de ratification», a lancé hier avec ironie le chef de la diplomatie suédoise, Carl Bildt. À dix jours du sommet européen des 29 et 30 octobre, les rebondissements de dernière minute commencent à lasser, d'autant plus que le président Klaus a enfin adopté un ton plus conciliant en reconnaissant qu'il ne pouvait tenir l'Europe en otage sine die. «Le train va si vite, et il est allé si loin, que je pense qu'il est impossible de l'arrêter, quel qu'en soit notre désir», a affirmé l'eurosceptique président de la République tchèque dans une interview publiée samedi.

Réactions épidermiques

Vaclav Klaus a également reconnu qu'il n'attendrait pas les élections en Grande-Bretagne pour signer le traité. C'était le scénario noir pour l'Europe, car les conservateurs britanniques, qui sont quasiment certains de remporter les prochaines élections générales, avaient promis un nouveau référendum sur Lisbonne si le traité n'était pas adopté par les Vingt-Sept à leur arrivée au pouvoir.

Il est peut-être trop tôt pour se réjouir. «Avec Klaus, il est très difficile de prédire ce qui va se passer, et peut-être cherche-t-il simplement à gagner du temps», avance prudemment Janis Emmanouilidis, de l'European Policy Centre. Sa mise au point dissipe néanmoins les craintes d'un blocage durable de l'Union européenne. Le traité de Lisbonne doit être ratifié par les vingt-sept pays membres de l'UE pour pouvoir entrer en vigueur et la république tchèque était la dernière à manquer à l'appel.

Dans l'hypothèse optimiste, la signature pourrait désormais intervenir très vite, une fois rendu l'avis de la Cour constitutionnelle tchèque, qui avait été obligeamment saisie par quelques sénateurs proches de M. Klaus. Celle-ci devrait examiner leur plainte le 27 octobre : l'affaire pourrait être bouclée d'ici à la fin de l'année. Sauf si les tergiversations tchèques et slovaques font tache d'huile et poussent d'autres pays à demander un additif de dernière minute, mais c'est un scénario jugé peu crédible.

Reste que la démarche de la Slovaquie n'est pas anodine. Si ce pays, considéré comme le bon élève de l'est de l'UE, premier de l'ex-bloc soviétique à avoir adopté l'euro, se crispe à son tour, c'est que les Sudètes continuent de susciter des réactions épidermiques. Coté slovaque, ce sont surtout les éventuelles revendications des Hongrois, expulsés en tant qu'alliés des nazis, qui posent problème.

Un problème peut-être fantasmé : le vice-président de la Commission européenne, Günter Verheugen, a encore répété dimanche que les Allemands n'avaient aucune velléité de revendication dans les Sudètes.

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